mardi, 29 novembre 2005 |
Le vent
Sur la bruyère longue infiniment,
Voici le vent cornant Novembre,
Sur la bruyère infiniment,
Voici le vent
Qui se déchire et se démembre,
En souffles lourds battant les bourgs,
Voici le vent
Le vent sauvage de Novembre.
Aux puits des fermes,
Les seaux de fer et les poulies grincent
Aux puits citernes des fermes
Les seaux et les poulies
Grincent et crient.
Le vent rafle le long de l’eau,
Les feuilles mortes des bouleaux,
Le vent sauvage de Novembre,
Le vent mord dans les branches
Des nids d’oiseaux,
Le vent râpe du fer,
Et précipite l’avalanche,
Rageusement, du vieil hiver
Rageusement, le vent,
Le vent sauvage de Novembre
Dans les étables lamentables,
Les lucarnes rapiécées
Ballottent leurs loques falotes
De vitres et de papier.
Le vent sauvage de Novembre
Les vieux chaumes à cropetons,
Autour de leurs clochers d’église,
Sont soulevés sur leurs bâtons,
Les vieux chaumes et leurs auvents
Claquant au vent,
Au vent sauvage de Novembre.
Sur la bruyère infiniment,
Voici le vent hurlant,
Voici le vent cornant Novembre.
Emile Verhaeren
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